Le journalisme en Birmanie, deux pas en avant, un pas en arrière

La situation de la presse est compliquée en Birmanie. Bien que le pays compte environ trois cents journaux, dont la moitié se trouvent à Yangon, la plus grande partie d’entre eux restent la propriété d’anciens généraux et de proches de la dictature. De plus, seule une trentaine de ces journaux traitent vraiment d’actualité. Malgré tout, on constate le développement d’un début de journalisme d’investigation. Les journaux les plus importants sont le Myanmar Times ou Frontier, et les principaux sites web d’informations sont Irrawady et Mizzima, ainsi que Eleven, mais dans une moindre mesure.

Un vent d’espoir

Lorsque l’opposition et Aung San Suu Kyi sont arrivés au pouvoir en 2012, certaines lois et restrictions touchant la presse ont été levées par le gouvernement. D’autres signes d’améliorations sont survenus ces dernières années. Ainsi, comme je le disais précédemment, certaines lois sur le contrôle de la presse ont été abrogées dès 2012. Parmi ces lois, on trouve l’abolition de celles instaurant une censure préalable des médias, lois qui étaient en place depuis le coup d’État militaire de 1962. L’abrogation de ces lois a été une véritable bouffée d’air frais pour la presse birmane, en permettant le retour au pays de journaux auparavant exilés dans des pays comme la Thaïlande (notamment le cas de l’Irrawady, site web d’informations et d’actualités fondé par des exilés birmans). La création de nouveaux groupes et de nouveaux journaux, ainsi que le recrutement de nouveaux journalistes montrent également cette dynamique en faveur d’une liberté de la presse plus poussée.

Journalisme en Birmanie
Avec l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi et de son parti, la Birmanie a connu une augmentation de l’offre de journaux. (Crédit photo : Europe1)

Il y a aussi des améliorations dans le domaine de la formation des journalistes en Birmanie, il faut également parler de la Yangon Journalism School. Cette école de journalisme a été fondée en 2009 et été la première école pour un journalisme indépendant en Birmanie, et ce alors que la dictature militaire n’était pas encore tombée et était toujours en place. Cette institution a été fondée par Ye Naing Moe, un journaliste professionnel birman ayant étudié à l’université de Berkeley en Californie. Cette école fournit un cursus complet entre rédaction, journalisme d’investigation et de terrain. Elle forme chaque année plusieurs dizaines de journalistes qui s’en vont travailler dans les journaux papiers ou numériques birmans, ainsi que sur les chaînes de télévision. Et depuis sa création la Yangon Journalism School a créé de nombreuses filiales et autres écoles à travers de nombreuses villes de Birmanie.

Une liberté de la presse toujours limitée

Pourtant, les pressions politiques continuent d’exister, et certains sujets restent tabous. Ainsi, les critiques du gouvernement et de l’armée sont des sujets que les médias birmans évitent toujours, et en particulier la situation des Rohingyas. Il faut ajouter à cema les blocages à l’encontre des médias nationaux et internationaux qui tentent de couvrir les opérations militaires, ce qui montre bien l’influence que parvient à conserver l’armée sur le pouvoir en place. Des journalistes continuent d’être emprisonnés dans le pays. Quand j’ai fait mon stage, deux reporters de l’agence Reuters ont été mis en examen au mois de janvier 2018, pour avoir enquêter sur les Rohingyas. Il est à noter que, en décembre 2017, un rapport de l’ONG locale Free Expression Myanmar avait relevé la hausse de ces affaires de diffamation depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement de la prix Nobel de la Aung San Suu Kyi. La censure est également toujours présente. Ainsi, par exemple, en juin 2013, le gouvernement a interdit la diffusion de l’un des numéros du magazine Times contenant un article portant sur le moine Ashin Wirathu, un moine bouddhiste extrémiste connu pour ses prises de positions dures et extrêmes à l’encontre des musulmans et des minorités de confession musulmane d’une manière plus générale.

Journalisme en Birmanie
Au début de l’année, deux journalistes de Reuters ont été emprisonnés en Birmanie. RSF a lancé une pétition pour demander leur libération. (Crédit photo : RSF)

De plus, la Birmanie reste un pays assez mal doté en matière de journalistes professionnels. Selon les estimations et les chiffres fournit par le site de l’ambassade de France en Birmanie, le pays comptait en 2013 environ quatre milles journalistes dans les secteurs privés et publics. Mais, parmi ces quatre milles journalistes, plus de la moitié d’entre eux ne disposeraient pas des compétences ou de la formation nécessaire à un exercice adéquat de leur métier.

Pour résumer, on note une sensible amélioration de l’état de la liberté de la presse et de la pratique du journalisme en général en Birmanie, et ce début la chute de la dictature et de l’arrivée au pouvoir de la Ligue Nationale pour la Démocratie (le parti politique d’Aung San Suu Kyi). De part l’abrogation de certaines lois, le pays a connu une augmentation de l’offre dans le domaine des médias. Des progrès ont été fait, certes, mais beaucoup restent à faire. De nombreux journaux restent entre les mains d’anciens généraux et militaires, et l’emprise de l’armée sur le gouvernement reste toujours forte. Selon le classement de Reporter Sans Frontières, la Birmanie est classée à la cent-trente septième place sur cent-quatre-vingt pays en matière de liberté de la presse. Reporters Sans Frontières précise également dans sa section consacrée à la Birmanie qu’une vingtaine de journalistes seraient encore emprisonnés dans le pays, la majorité à cause de l’article 66 de la loi sur les télécommunications, article qui criminalise la diffamation.

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