Le journalisme au Japon, entre menaces et surmenage

Comme dans la plupart des pays dits développés, le Japon garantie une grande liberté à ses médias et à ses journalistes. Pourtant, depuis quelques années, la presse nippone commence à s’inquiéter. Entre projets de lois portant atteinte à la liberté de la presse et surmenage des journalistes, le secteur du journalisme japonais semble connaître une crise. Dans cette article, je vais donc essayer de vous parler du journalisme au Japon, de part ce que j’ai pu apprendre en séjournant là-bas, ainsi que part les articles que j’ai pu lire à ce sujet.

Une liberté de la presse garantie, mais fragile

Le Japon, troisième puissance économique mondiale et monarchie constitutionnelle est un pays pays qui, globalement respecte les principes de la liberté de la presse, ainsi que de pluralisme des médias. Là bas, les médias, sont théoriquement indépendants, car la majorité sont privés. Pourtant, cela cache de nombreuses parts d’ombres. Ainsi, en 2017, Reporters Sans Frontières classait le pays à la 67ème place mondiale en matière de liberté de la presse, un score que l’on peut qualifier de très moyen, et qui continue de descendre depuis la prise de pouvoir de Shinzo Abe en 2012. Et cela s’explique par plusieurs facteurs.

D’une part, les journalistes japonais peinent à exercer leur rôle de contre-pouvoir face au poids des traditions ainsi que des intérêts économiques. C’est surtout le cas pour les lanceurs d’alerte et les journalistes d’investigation. Ainsi, au pays du Soleil levant, les lanceurs d’alerte peuvent encourir une peine d’emprisonnement allant jusqu’à dix ans, en particuliers ceux reconnus coupables d’avoir transmis des interventions relevant du « secret d’état ».  Cette peine s’applique aussi aux journalistes et aux blogueurs qui diffuseraient des informations obtenues illégalement, par leur propre moyen ou après avoir sollicité un lanceur d’alerte. Pour résumer, le journalisme d’investigation et d’analyse politique connait une grave crise qui menace jusqu’à son existence, existence d’autant plus menacées par le fait que, depuis plusieurs années, de nombreux journalistes d’investigations japonais se sont fait licencier.

D’autre part, les journalistes subissent de nombreuses pressions, et évoluent dans un climat politique qui leur est particulièrement hostile. Depuis l’accession au pouvoir de Shinzo Abe en 2012, les journalistes se plaignent de l’intensification d’un climat de défiance à leur encontre. De plus, le gouvernement nippon, par la voix de sa ministre des Communications, n’hésite plus à menacer de fermeture les médias récalcitrants. Gouvernement qui continue de refuser tout débat à propos du sort réserver aux lanceurs d’alerte.

Sur les réseaux sociaux, les groupes nationalistes harcèlent les journalistes critiques du gouvernement ou qui traitent de sujets jugés « antipatriotiques » tels que la centrale nucléaire de Fukushima ou la présence militaire américaine à Okinawa.

Un rythme de travail effréné

Le journalisme japonais est également caractérisé par des pratiques très chronophages. Ainsi, au Japon, les journalistes doivent parfois attendre des journées entières pour pouvoir interviewer la personne qu’ils sont venus voir. Et cela entraîne mécaniquement énormément d’heures supplémentaires, avec des conséquences qui peuvent parfois être dramatiques. C’est notamment le cas de la journaliste Miwa sado, qui travaillait pour la chaîne de télévision NHK, morte après avoir fait 159 heures supplémentaires en un mois, en ne prenant dans le même temps que deux jours de congé. Malheureusement, la mort au travail n’est pas quelque chose de rare au Japon, et ce type d’incident dramatique se produit dans la grande majorité des domaines professionnels.

Et des initiatives sont mises en place pour tenter de palier à ce problème. Ainsi, certains médias commencent à revoir leurs conditions de travail, pour que ce genre d’incident ne se reproduise plus. C’est pour cela qu’à été mis en place un système étonnant pour « faciliter » le travail des journalistes nippons. Il s’agit de ce « Kisha Kurabu » (club de la presse), qui propose aux reporters d’occuper des petites chambres meublées au cœur d’une institution officielle qu’ils doivent couvrir. Dans la chambre, ils disposent d’un lit, d’un bureau et d’un ordinateur : lorsqu’il ne se passe rien, ils peuvent donc rattraper, dans la mesure du possible, leur retard de sommeil.

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