La biodiversité birmane, un patrimoine en péril

Dans la Birmanie post-dictatoriale des années 2010, la priorité est donnée au développement économique du pays. La protection de l’environnement n’est prioritaire ni pour les autorités, ni pour la population. Et la biodiversité birmane est en danger, victime de décennies de négligence de la part des militaires et de la récente expansion économique. Pourtant, la situation n’est pas pour autant désespérée. Des chercheurs, des spécialistes, des associations et des ONG œuvrent pour sauvegarder la formidable biodiversité de la Birmanie, en plus de tenter de faire changer les mentalités sur la protection de l’environnement.

Biodiversité Birmanie
Dans l’Etat Shan, des paysages somptueux, relativement préservés

La Birmanie est un pays très étendu, près de 2000 kilomètres du point le plus septentrional du pays, dans les contreforts de l’Himalaya, au point le plus méridional, avec la ville de Kawthoung, non loin de la frontière avec la Thaïlande. De part sa surface, le pays regroupe une importante diversité de climats. Le centre du pays est ainsi plus tropical, tandis que le nord est plutôt de type montagnard et froid, alors que du côté de Mandalay, on trouve un climat plutôt aride, protégeant une vaste zone du pays de la mousson. Et c’est cette étonnante multitude de climats qui permet à la Birmanie de jouir de nombreux milieux naturels uniques et variés. On a ainsi de vastes jungles tropicales, des plaines plus tempérées dans le centre du pays, de hautes montages au nord près de l’Himalaya, ainsi que des zones plus marécages, au niveau du grand delta du fleuve Irrawaddy.

Biodiversité Birmanie
A Hpa-An, les formations krastiques ont permis l’émergence d’écosystèmes uniques

Certains milieux sortent du lot. C’est notamment le cas de Hpa-An, dans l’état Kayin. Dans cette région, il est possible d’observer plusieurs formations karstiques, soient de petites montagnes séparées par des champs. Et ces formations, isolées les unes des autres, ont chacune développé leur propre écosystème, rendant la région unique. Mais ce n’est pas la seule particularité de la biodiversité birmane. Il est aujourd’hui possible d’observer dans les jungles et les forêts des tigres, malheureusement en voie de disparition, ou encore des éléphants, des pangolins et des singes très rares, comme le Rhinopithèque de Stryker, que l’on trouve dans l’état Kachin. Le pays compte même quelques crocodiles dans la région du delta de l’Irrawaddy. On trouve aussi de très nombreuses d’espèces d’oiseaux, dont certaines sont juste présentent quelques mois dans l’année, car la Birmanie est sur la route des oiseaux migrateurs, qui voyagent de la Sibérie vers l’Australie. La flore est également très diverse, en particulier dans les zones de jungles tropicales, au niveau des frontières avec la Chine et la Thaïlande.

Biodiversité Birmanie
Le rhinopithèque de Stryker, un singe très rare, en voie de disparition, vivant en Birmanie

Pourtant, cette étonnante biodiversité est menacée, tout d’abord à cause d’un relatif manque d’intérêt de la part du gouvernement, ainsi que d’un important développement économique. En effet, lors du régime militaire, les autorités ne se préoccupaient pas de la protection de l’environnement, et a expliqué de nombreuses ressources naturelles, notamment le bois de teck dont la Birmanie est le premier producteur. Résultat, de nombreuses activités très polluantes se sont développées, et la situation ne s’est pas arrangée avec l’ouverture économique des années 2010 avec l’arrivée sur le marché d’entreprises étrangères, qui ont amené avec elles de nombreux projets d’infrastructures, comme des barrages le long d’affluents de l’Irrawaddy qui constituent des menaces pour les écosystèmes locaux.

Biodiversité Birmanie
La construction du barrage de Myit Sone est actuellement interrompue. Si elle était menée à bien, les conséquences sur la biodiversité locale seraient catastrophiques

Un endroit célèbre qui a souffert de cette ouverture sur le monde est le lac Inle. En quelques années, le lieu a vu se construire de nombreux hôtels, qui ont détruits de nombreux lieux de reproduction pour les poissons. L’utilisation de plus en plus intense de pesticide par les cultures aux alentours a contaminé les eaux du lac, faisant drastiquement chuter le nombre de poissons. Le développement économique également était la cause d’une exploitation plus intensive des ressources naturelles du pays, notamment les ressources forestières et minières, ce qui, en plus de mettre en danger les lieux de vie de certaines espèces, a des conséquences sur les populations humaines, avec par exemple des glissements de terrain plus fréquents.

Biodiversité Birmanie
Le Lac Inle, un fragile écosystème perturbé par les activités humaines

Mais l’une des principales menaces qui pèsent aujourd’hui sur la biodiversité de la Birmanie est sans conteste le trafic illégal des espèces menacées et protégées. C’est notamment le cas, par exemple du pangolin, dont des centaines sont chaque années exportés illégalement vers la Chine et la Thaïlande, où des croyances locales leur donne des vertus curatives et aphrodisiaques. Les singes sont également des victimes importantes de ces trafics. Le problème, c’est que ce type de menace est très difficile à arrêter. En effet, la plupart des trafics d’espèces rares ont lieux dans les jungles des zones frontalières, tenues pour beaucoup par des groupes ethniques armés, des zones sur lesquelles le gouvernement birman n’a que très peu, voire pas de prise.

Pourtant, malgré toutes ces menaces, la situation est peu à peu en train d’évoluer. Ainsi, le gouvernement a commencé à prendre conscience de la nécessité de préserver l’environnement, et a d’ores et déjà créer plusieurs parcs et aires protégées, mais celle-ci ne représentent que 6% du territoire birman, contre 1% sous la junte militaire. Ces espaces permettent également aux scientifiques de venir étudier la faune et la flore de la Birmanie en toute tranquillité, et ainsi pouvoir mettre en place des politiques environnementales efficaces. Profitant de son ouverture sur le monde, le pays a également fait appel à d’autres nations pour l’aider à protéger la biodiversité. Ainsi, durant le mois de janvier, l’Inde a accueillit plusieurs scientifiques birmans en vue de les aider à mettre en place une politique visant à augmenter la population des tigres en Birmanie, l’Inde comptant plusieurs milliers de tigres sur son territoire, le pays désire partager son savoir avec son voisin pour éviter que cette espèce ne disparaisse de Birmanie. Le Danemark a également apporté son soutien aux politiques environnementales birmanes, notamment en participant au projet qui vise à préserver la mangrove du pays, zones abritant une importante biodiversité, et très utile pour protéger les terres des inondations. De plus on assiste à la naissance d’un éco-tourisme. En effet, la Birmanie veut profiter de sa biodiversité et de ses écosystèmes pour promouvoir l’image du pays à l’international, faire entrer des devises, mais également alerter et sensibiliser sur l’importance que représente la protection de la biodiversité pour l’avenir du pays.

Biodiversité Birmanie
L’ONG Fauna & Flora International agit pour la protection de la biodiversité et de l’environnement en Birmanie

Des ONG se sont également implantées dans le pays pour pouvoir soutenir l’action du gouvernement. C’est par exemple le cas de Fauna & Flora International, qui œuvre dans le pays depuis 2008 à la préservation des écosystèmes birmans. L’ONG a aidé les autorités birmanes en apportant son savoir qu’elle a acquis depuis sa création en 1903. En Birmanie, l’objectif de Fauna & Flora International est avant tout de créer des zones de protections où vivent les espèces en danger, par exemple les tigres. L’organisme a également mis en place des programmes de sensibilisation à la sauvegarde de l’environnement pour la population locale.

La Birmanie commence peu à peu à prendre conscience de l’importance que représente l’exceptionnelle biodiversité du pays, à la fois comme trésor national, mais également comme en temps qu’outil pour le développement du pays. Il reste tout de même de nombreux efforts à faire et de nombreux problèmes à régler, en particulier le trafic d’animaux aux frontières.

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